30 juillet 2006
Des fleurs pour Crochet (III)
Depuis quelques jours déjà, parmi plusieurs dizaines de ses congénères, très humblement, Crochet est mort. Je ne lui ai compté qu’un seul rebondissement dans toute sa trop courte vie, ceci dit, cela est bien plus que la plupart de ses camarades, mais le plus extraordinaire encore reste de constater qu’il lui aura coûté une patte, arrachée dans une douleur silencieuse mais non moins forte, un traumatisme mental grave et un fort besoin de sociabilité. Il avait sûrement du donner naissance à des petits, qui eux même durent donner d’autres petits, signe d’une réussite impressionnante et rare dans ces cas là. Le plus triste est qu’il m’est impossible de définir la date exacte de son décès, quand il m’est venu de le découvrir, il était déjà tout sec, seulement reconnaissable par son handicap qu’il aura longtemps supporté, sans sourciller. On pouvait remarquer en regardant bien la dernière position qu’il avait alors adoptée, une sorte de dignité, inébranlable, qui lui était propre ;il ne tenait pas à ce que l’on surprenne dans un état de faiblesse, mais toujours luttant perpétuellement contre la cruauté de la vie. Néanmoins, cela faisait bien longtemps qu’il avait acquis un certain prestige chez les autres occupants du site, qui, à force de conditions favorables, s’étaient multipliés et détruisaient peu à peu la convivialité de l’espace ; seul Crochet assurait l’ordre dans ce qui aurait pu vite devenir une jungle invivable. La chaleur génocidaire de l’été a transformé en un cimetière naturel et instantané les lieux qu’occupaient Crochet et toute sa descendance, une lutte vaine ç sûrement reculé l’échéance de leur impitoyable mort. Demain matin, à l’aurore, j’irai chercher des fleurs fraîches pour Crochet, je le mettrai dans une grosse boite d’allumette que je fermerai au moyen d’un beau ruban de sa couleur préférée, j’y nouerai quelques brindilles pour rendre la boite plus jolie, enfin, je lui trouverai le plus bel endroit dans le plus beau parc de la ville, j’y creuserai discrètement un trou suffisamment grand pour y accueillir Crochet, je le boucherai de telle sorte à ne laisser qu’un maigre monticule de terre et j’y déposerai la gerbe de fleurs.
Commentaires
quand c'est l'heure c'est l'heure
Avec toute mes condoléances. Regret de ne l'avoir connu de son vivant ... snif snif
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